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Christian Colard ... |
Farceur d'Orgues ...
Une
dame
âgée,
se
pâmant
d'extase
après
un
concert
d'inauguration,
me
demandait
comment
j'avais
bien
pu
"finir"
(sic)
facteur
d'orgues
alors
que
"je
jouais
si
bien"
(resic).
Le coupable, car il en faut bien un, de cette descente aux "enfers" (mes ateliers) où règnent d'adipesantes vapeurs de colle d'os et d'infâmes sueurs fétides dues au rabotage incessant du métal, ce Responsable, donc c'est lui, mon premier mentor !

Certes, sur cette peau d'agneau (tannée artisanalement), notre bon bougon propre dès l'âge de 15 mois, ne vous dit peut-être rien mais passons aux clichés suivants :

Ici, le premier indice, le gilet du sylphe (génie de l'air des mythologies celte et germanique) dont le col est bouclé à double tour.
Enfermé ainsi dans son cocon, chrysalide (ce n'est pas son prénom ...) attend son stade dit "papillon".
Deuxième indice : le sourire grognon, bien assorti à la coupe au bol, notre Christian s'est transformé enfin en papillon ...
La puberté et déjà une oreille bien formée !

Ce cliché rapproché, vous donne, outre le pavillon de la Trompe d'Eustache (non !, il ne s'appelle pas Eustache ...), d'autres indications révélatrices de son avenir : observez l'oeil malicieux, le nez fin déjà sensible aux saveurs des mets succulents.
Détournez-vous donc du noeud de papillon pour en revenir à l'orifice ... la bée ... oui, cette bouche caractéristique, siège du goût qui, pour le coût n'était pas si basse que ça ! Et profitez-en car elle est à l'époque munie de DENTS (ce qui ne sera plus le cas par la suite ..., à suivre ...).

Quelques mois après mai 68, il décide de troquer le devenu célèbre noeud papillon au profit du foulard en soie, noblesse oblige !
C'est l'époque des brillantes études à Floreffe, couronnées d'une spéciale math, des essais en électronique et des premiers 33 tours de musique d'orgue.
Ayant alors goûté aux spiritueux, il veut affirmer sa quête dans le spirituel et s'engage pratiquement 4 ans non pas à la légion étrangère mais au grand séminaire ...
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De retour au bercail familial seulement pour les messes dominicales, c'est en costume trois pièces, cravaté et ganté qu'il participe aux offices. |
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Outre les cours de grec ancien et de latin de cuisine, Christian s'intéresse à l'anthropologie et défend une thèse sur l'étui pénien des Bororos (tribu amérindienne du centre du Brésil).
Ayant compris qu'il ne pourrait jamais supporter le poids de la mitre d'Evêque, il laisse la soutane pour s'occuper durant quelques mois de bons diables, drogués ou alcooliques, sortis de prison. C'est à cette époque qu'il fréquente (à vélo, par monts et par vaux) l'atelier d'André Thomas ...
Son contrat terminé, il boucle ses 2 ou 3 valises et se présente, manu militari, devant la porte de l'atelier de Georg Westenfelder à Luxembourg. Il y restera 3 ans, participant à diverses restaurations (Herve, Les Bénédictines de Liège, Bolland, etc.) et à la construction d'orgues neufs.
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Ayant rencontré le claveciniste Sergio Vartolo qui lui vante les prouesses de son beau-frère, Barthélémy Formentelli, Christian achète alors un Loden vert ("car y fait froid là-bas") et débarque à Vérone avec ses galettes, son pain (qu'il fait lui-même) et quelques alcools fermiers. Christian découvre là un tout autre univers qui le ravit, certes (il participe à la restauration de la tuyauterie d'Albi et à l'harmonie de quelques orgues italiens), mais les tempéraments fort inégaux et "napoléoniens" du Maître Véronais qui l'oblige entre autre à s'agenouiller devant les statues de la Madone, ainsi que la nostalgie du pays font que ronchonnant, il revient, pour quelques mois, dans la patrie de la procession d'Echternach (Luxembourg) ... Deux pas en avant, un pas en arrière ...
| Ayant gardé dans les yeux les poussières du beau et dans les oreilles, les harmonies anciennes chatoyantes, il franchit en 1981 un autre cap et s'installe, aveuglément, à son compte dans l'ancienne boucherie familiale à Thynes-les-Dinant en bord de Meuse. |
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Tel un Don Quijotte de la Mancha (en français : un don qui rote dans la Meuse), Christian se bat alors avec une énergie frénétique contre des moulins : les experts et les curés-clients difficiles à convaincre. Grâce à un goût certain pour les harmonies franches, avec ses faibles moyens et son travail de jour mais surtout de nuit, il parviendra à rendre les grâces, ci à une façade devenue muette et là à un cornet désargenté ... En 1983, un relevage du petit orgue de Lisogne, dont j'inaugurerai les touches le soir de Noël, fera que l'on se revoit (notre première rencontre date de 1978 à la Tribune de Herve ...). Dès cette veillée de Noël, j'appris la définition de "nuit blanche" : durée comprise entre le coucher et le lever du soleil (à parler d'orgues) en un lieu donné (Thynes).
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Nous refîmes le monde, celui des sons et des harmonies. Il me fit découvrir un disque d'Albi. Les arguments sonores étant plus forts que les mots, je serais moi aussi facteur d'orgues et rencontrerais, coûte que coûte, le "Formentelli" (portrait à suivre !). Nous avions élaboré un projet de construction d'un petit orgue de quatre jeux qui allait bien vite, au fil des mois, devenir un quinze jeux ! L'instrument étant évidemment trop gros pour voir le jour mais les milliers d'heures à couler, marteler, racler et raboter la tuyauterie, retourner des centaines de planches pour les sommiers, faire des centaines de clous forgés in situ ... allaient me donner le goût ... à un goût certain. |
Christian restaure ensuite sa machine à rouler ses cigarettes ou ses mégots puis s'attaque à la restauration de l'orgue "pré-historique" de Regniowez à la frontière française. en étudiant de près les Traités d'Atanasius Kircher, Marin Mersenne, Dom Bedos, Guy Bedos, Raymond Devos, le théorème de Bernoulli, les écrits de Renato Lunelli, les publications d'Ars Organi et Tutti Quanti ...
Grand défenseur de la bouche basse et convaincu de l'harmonie sans dents, il se fait arracher ses 32 organes annexes de la bouche, je veux parler de ses canines, incisives, molaires et pré-molaires.
Cette restauration de Regniowez où le retour aux sources de l'authentiquement authentique durera néanmoins quinze ans et sera parsemée d'anecdotes rocambolesques (NDLR communiquées uniquement sur demande , merci !). Il faut dire que les gens du cru savaient s'y prendre : longs repas chauds les midis et soirs ... durant lesquels les dégustations de mets traditionnels locaux où l'on savoure de vieux cépages et des alcools sélectionnés étaient prétexte à faire "avancer" le fantasque organier ! Le résultat sonore (par ailleurs enregistré sur cd par J.C. Leclère et H. Jourdan dans "Toutes sortes de fantaisies" ... ) fut loin d'être compris par nos oreilles préférant la rentabilité à l'audace et la recherche.
Le jour où notre chère Marguerite, la tendre maman de Christian (et par adoption de coeur, un peu la mienne ...) quitta ce bas monde, le bateau prit l'eau et Christian avec ...
Adieux Veaux, Vaches, Cochons (d'experts !), le monde s'écroula et Christian suivit ...
AVIS DE NÉCROLOGIE :
CHRISTIAN N'EST PAS MORT !
Après quelques années d'errances qui l'emmenèrent néanmoins de l'Université de Göteborg aux chaleurs de Saragosse, il vit désormais au coeur de Dinant où il cultive ses rêves et le même goût pour concocter la bonne pitance à partager uniquement entre amis ...
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Il mène également, en secret, sa formidable quête en éduquant notre redoutable molosse (Bill pour les intimes) contre toute attaque de gens de goûts douteux qui oseraient franchir les portes de mon atelier.

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Merci
à
toi,
Christian,
pour
cette
longue
amitié
...
Tant que j'y pense ... : "pourrais-tu te passer parfois (...) de vitupérer, pester, critiquer à la louche, réprouver, voir blâmer comme une vieille belle-mère les orgues sortis de nos entrailles ?" Rudi |