Rudi Jacques - Facteur d'Orgues

Ancienne Ecole de Maurenne, 29 - 5540 B - Hastière-Lavaux  

Tél. & Fax : 00 32 (0) 82 64 44 75

 

 

 

 

 

RESTAURATION ET RECONSTRUCTION

DE L'ORGUE DE FRANIERE

 

 

 

 

 

 

COMPOSITION DE L'ORGUE

 

Montre 8' B-d

Bourdon 8' B-d

Prestant 4'

Flûte 4'

Nazard 2  2/3

Doublette 2'

Fourniture III

Trompette 8' B-d

Voix humaine 8'

Cornet III

Tremblant

 

 


 

 

 

Petit historique par Rudi Jacques...

 

 

Chaque orgue possède son histoire aux reliefs plus ou moins mouvementés, histoire où se mêle bien souvent le savoir-faire d'artisans anonymes du passé à la négligence de quelques bricoleurs peu scrupuleux.

La vie d'un instrument peut de ce fait être riche en couleurs, parsemée d'intrigues ou d'incessants aménagements.

L'orgue de Franière a pour sa part traversé un véritable parcours du combattant et cela tient du miracle s'il peut aujourd'hui prêter sa voix, ses harmonies et son souffle à toute une vie paroissiale.

 

 

 

ORIGINE DE L'ORGUE :

 

Lorsque l'on se penche du côté des archives afin de retracer son acheminement, on est surprit de constater l'amnésie des écrits, les documents originaux ayant tous disparus.

L'abbé Mathot, facteur d'orgues à Buzet, appelé pour un premier travail les avait emportés et à son décès personne ne put les retrouver...

Il était coutume de dire à Franière que l'orgue provenait de Saint Pierre à Chatelet.  Rien toutefois n'est venu vérifier cette affirmation lancée par Mademoiselle Vanderhaegen, organiste pendant de nombreuses années.  C'est la restauration des différents vestiges qui permit d'y voir plus clair.

 

 

 

 

UN PASSE MOUVEMENTE :

 

Une indication importante quant à l'origine du buffet fut mise à jour lors du décapage du meuble.  Dans le socle, au dos du panneau côté "Do" figurait une inscription : une signature devenue illisible précédait "fait à Marbaix, l'an 1850".  Lors d'une visite à l'église du village, je pus constater qu'il y avait bien un orgue sans son buffet d'origine.  Le président de fabrique me confirme qu'au début des années 1890, le mobilier fut vendu afin de démolir l'église et permettre la construction d'un édifice au goût du jour.

A qui le buffet fut-il vendu ?  Deux hypothèses : soit aux marguilliers de Franière qui par la suite auraient dû négocier la construction d'un sommier, d'une mécanique, de tuyauteries ad hoc, etc., soit à un facteur et c'est cette solution qui est à retenir, car vu des éléments hétéroclites qui composent cet orgue, il s'agit ici d'un fond d'atelier, autrement dit, d'un orgue reconstruit avec des éléments provenant d'endroits et d'époques différents.

Mais qui a remonté ces éléments à Franière, et en quelle année ?  Ici, c'est la restauration de la soufflerie qui apporte une réponse puisque celle-ci est entièrement tapissée du journal "L'Economie financière" daté de 1892 et qu'une éclisse est signée "Devolder frères".  Il est donc permis de penser que ce sont les frères Devolder qui ont acheté le buffet, placé un sommier plus ancien ne correspondant pas du tout à l'ordre des tuyaux et à l'allure de la façade, et qui ont construit une soufflerie neuve...  Ils déplacèrent transversalement la console, qui, à l'origine était en fenêtre sous  la façade.  Il est impossible de dire combien de jeux furent placés mais on remarquera la perce de 9 trous carrés correspondant aux tirants de registre alors que la répartition des jeux sur ce sommier en exige 13 avec éventuellement un de plus pour le tremblant.

 

L'étape suivante est datée de 1972.  L'abbé Mathot propose une remise en état de l'instrument, il décède en 1973, son intervention est de ce fait limitée au démontage et à la restitution du clavier sous la façade.  L'abrégé, les tirants de registre et rouleaux de Devolder disparaissent, le clavier est récupéré.  Emile Marchand de Malonne se présente comme son successeur et la poursuite des travaux lui est confiée.  Difficile de décrire le triste état du buffet, du sommier, des "mécaniques" et de la tuyauterie lorsque celui-ci l'abandonne.  L'orgue est considérablement mutilé, tronqué dans sa facture même.

 

L'orgue n'en est malheureusement pas au bout de ses peines... En 1980, la charpente de l'église, suite à des infiltrations d'eau, s'effondre.  L'instrument, ou ce qu'il en reste, passe plusieurs jours exposé aux intempéries.  La solution proposée pour le "protéger" fût de le couvrir de ballots de paille à l'instar des toits de chaume et de bâcher le tout.  Évidement, c'était sans compter sur la vermine et autres champignons.  La bâche finit par céder sous le poids de l'eau arrosant l'orgue une nouvelle fois.

 

Pour couronner le tout, on s'est rendu compte à l'arrivée de la charpente préfabriquée qu'il était impossible de la placer. Il fallait raboter les murs de soutien et l'orgue se retrouvait 50 cm trop grand.  La commission des Monuments et Sites suggéra de recouper le socle du buffet, ce qui aurait entraîné le clavier à 25 cm du sol et un organiste "cul de jatte".  Mademoiselle Vanderhaegen ne voulant pas faire les frais d'une amputation, on procéda en dernière minute à la surélévation de la partie de la charpente au-dessus de l'orgue.

 

Après ces péripéties qui ne laissent que d'amers souvenirs, Monsieur le Curé Gérimont mit tout en oeuvre afin de sauver l'orgue.  C'est ici qu'intervient en 1982 Christian Colard, facteur à Thynes, qui avec de maigres moyens opère un travail d'urgence, parvient à redonner vie à l'instrument et à susciter l'intérêt.  Son intervention se concentre sur l'étanchéité du sommier, la reconstruction de tuyaux en bois ainsi qu'une récupération d'harmonie de quelques tuyaux du Prestant.

Il reste cependant à cet instrument à vivre une nouvelle mésaventure : un peintre travaillant à la voûte de l'église, s'étale dans les tuyaux de façade et, renverse dans sa chute, du plâtre et de l'eau sur le sommier.

 

En 1989, après diverses tractations, Monsieur le Curé me contacte afin de réaliser un projet pour la restauration complète de l'orgue.  Celui-ci étant accepté, le démontage se fait au début de l'année 1990.

 

 


 

 

 

ETAT DE L'INSTRUMENT

 

AU DEMONTAGE

 

 

 

 

LE BUFFET :

 

était très abîmé, mutilé et bancal.  La plupart des tenons, panneaux, moulures, corniches et toutes les sculptures étaient cassés.  Au niveau du socle, aucun soin n'avait été apporté lors du redéplacement de la console, des mécaniques, de la pose du ventilateur...  Les portes arrières ont été retrouvées en très mauvais état dans la tour de l'église.  Le meuble était recouvert de plusieurs couches de vernis très foncé.

 

 

 

LE SOMMIER :

 

fut plusieurs fois inondé, ce qui forçait l'instrument au mutisme.  Les tables étaient décollées et fendues, certaines chapes et barrages en sapin étaient vermoulus, des registres voilés ou cassés.  Les boursettes en peau avaient disparu au profit de pastilles en nylon.  Les conduits en plomb étaient perdus et remplacés par des conduits en westaflex.

 

 

 

LA SOUFFLERIE :

 

n'était plus étanche, les tables en sapin du réservoir étaient vermoulues et bombées par l'eau.  Les pompes avaient été enlevées.

 

 

 

LA MECANIQUE :

 

Un abrégé en aluminium sur planche en contreplaqué (entièrement vermoulue après vingt ans) avec de grosses vergettes mal coupées et garnies de câbles électriques remplaçait l'ancien.  Le clavier de 56 notes était recouvert de plastique.  La nouvelle mécanique était réalisée en dépit de tous sens technique...

 

 

 

LA TUYAUTERIE :

 

La façade d'une extrême minceur, contemporaine du buffet, était bosselée.  Plusieurs tuyaux étaient déchirés et dessoudés.  Sur le sommier, trois jeux anciens subsistaient : une partie de la Montre et du Prestant ainsi que les tuyaux en métal du Bourdon.

Tous ces tuyaux portaient des traces évidentes d'un embouchage d'origine plus bas.  Certains biseaux n'avaient pas de dents, d'autres en étaient criblés.  Quelques tuyaux étaient atteints par la lèpre.

 

Trois autres jeux se trouvaient sur le sommier : une Doublette qui avait été aménagée dans des tuyaux de Flûte harmonique ainsi que deux jeux de facture récente, une Flûte de 4' et un dessus de Nazard.  Les quatre autres chapes étaient vides et sans inscription.

 

Le projet de restauration s'établit sur base des vestiges les plus intéressants de l'instrument à savoir le matériel ancien.  On décida de redonner un style cohérent et personnalisé à l'ensemble en réalisant simultanément une restauration minutieuse et une reconstruction des parties manquantes dans les règles de l'art.  Mes références ont été d'une part une quantité de petits instruments réalisés à la même époque dans l'esprit et la tradition du siècle précédent et d'autre part les pratiques écrites dans deux traités de facture d'orgues : celui de Dom Bedos de Celles (1776) et celui de Jan van Heurn (Dordrecht, 1805).

 

 

 


 

 

 

 

LES TRAVAUX DE RESTAURATION

 

ET DE RECONSTRUCTION

 

 

 

 

LE BUFFET :

 

fut entièrement démonté puis décapé.  Les différentes boiseries furent traitées et les parties abîmées furent réparées et rapiècées.  Les parties manquantes ou cassées furent reconstruites (moulures, panneaux, plafond, sculptures, ...).

 

Le buffet reçut ensuite son lustre à la cire d'abeille.  Après le remontage du buffet, il me fut confié la restauration de l'ancienne balustrade en chêne (18° siècle).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA MECANIQUE :

 

a été reconstruite à neuf : les abrégés sont en fer forgés aux deux bouts, ils sont garnis de vergettes en sapin.  Les pilotes tournants sont en chêne, les bras et balanciers sont en fer forgé.

 

 

 

 

 

 

 

LA SOUFFLERIE :

 

a été reconstruite à neuf en réutilisant les éclisses en sapin anciennes, garnies d'une double épaisseur de peau tannée sans acide.  Le cadre des tables est en chêne et les panneaux en sapin doublés de fort papier.  Le soufflet est alimenté par un ventilateur électrique placé dans une caisse insonorisée.

Le porte-vent est en chêne doublé de fort papier, les postages sont en plomb soudés à double coudes avec des joints de filasse.

Le vent à une pression de 65 mm à la colonne d'eau.

 

 

 

LE SOMMIER :

 

qui est probablement la partie la plus ancienne de l'instrument est une petite merveille de réalisation.  Malgré son état critique, sa valeur historique m'a poussé à le restaurer avec le plus grand soin.  Il fut entièrement démonté, les différentes parties furent redressées, réencollées à la colle d'os, les tables fendues furent rapiècées et parcheminées, les soupapes ont été repeaussées, les ressorts ont été conservés tandis que les esses, les joncs et les boursettes sont neufs.  Les glissières des registres ont été réparées ainsi que les chapes en mauvais état...

On a retrouvé, comme ancienne couverture de grille, des bordereaux d'expéditions de clous vers les villes des Pays-Bas (Leer, Utrecht, Amsterdam, Deventer...).

Doit-on penser qu'il a une origine hollandaise ?

 

 

 

LA TUYAUTERIE :

 

La façade, qui à l'origine était plaquée d'une feuille d'étain, était peinte d'une couleur argentée.  Elle fut entièrement nettoyée.  Nous n'avons pas jugé nécessaire de la plaquer d'une nouvelle feuille.  Les tuyaux de la Montre, du Prestant et du Bourdon sont d'une autre facture ; ils ont été inventoriés puis restaurés avec le plus grand soin.  Les traces des hauteurs de bouche primitives ont permis de réemboucher les Principaux au 1/5 et le Bourdon au 1/4.  La Flûte de 4' à cheminée dans la basse puis conique a été entièrement retravaillée.  La Flûte, le Bourdon et le Nazard ont leurs calottes soudées.  Tous les autres tuyaux ont été construits à neuf à l'atelier selon les pratiques artisanales d'autrefois : le coulage, ensuite le martelage et le rabotage à la main.

La Doublette et le Plein-jeu de 3 rangs ont le corps en étain (75%) et le pied en étoffe (25%).

Le Cornet de 3 rangs et le Nazard sont en étoffe.

Les corps de la Voix Humaine et de la Trompette sont en étain (75%).  Les pointes de la première octave de la Trompette sont en fer blanc.

Tous les tuyaux sont coupés au ton (La=435HZ à 15°c).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA CONSOLE :

 

La console en fenêtre a été restaurée et le clavier a retrouvé sa hauteur d'origine.

Le clavier de 56 notes a été plaqué d'os pour les touches naturelles.  Les feintes en ébène ont été égalisées.

Un clavier de pédale de 27 notes a été construit selon les caractéristiques anciennes.

Les pommeaux des tirants de registre ont été tournés en merisier.

 

 

 

HARMONISATION ET ACCORD :

 

L'harmonie colorée est traitée avec franchise.  Elle propose des qualités qui semblent des contraires (par exemple : le moelleux et le tranchant), mais qui étaient aussi recherchées autrefois dans nos régions.

Celle-ci est pratiquée avec un embouchage bas et des biseaux ne comportant pas de dents.  Le tempérament est dit "inégal", donnant une plénitude particulière à certaines tonalités, et accentuant le caractère plus tragique de certaines tonalités très chargées en accidents.

 

 

 

 

 

J'ai choisi le tempérament de Rameau en SIb pour avantager les tonalités en bémols.  Celui-ci offre 4 tierces justes (SIb-ré, Fa-la, do-mi, sol-si) et 3 quintes justes (Si-fadièze, fadièze-dodièze, dodièze-soldièze).

 

 

* Composition de la fourniture :

 

C

1'

2/3'

1/2'

1'1/3

1'

2/3'

c'

2'

1'1/3

1'

c''

2'2/3

2'

1'1/3

c'''

4'

2'2/3

2'

 

* Cornet III : 2'2/3 - 2' - 1'3/5

 

 


 

 

INAUGURATION : samedi 6 et dimanche 7 novembre 1993

 

 

Samedi : Concert de Gala - Inauguration

 

A l'orgue : Sergio VARTOLO

 

 

 

 

 

Dimanche : Orchestre Baroque "Le Concert de Reims"

 

A l'orgue : Jean-Christophe LECLERE & Olivier TRACHIER

Basse chantante : Paul GERIMONT