Rudi Jacques - Facteur d'Orgues

Ancienne Ecole de Maurenne, 29 - 5540 B - Hastière-Lavaux  

Tél. & Fax : 00 32 (0) 82 64 44 75

 

 

 

 

CONSTRUCTION D'UN ORGUE

STYLE ITALIEN 18° siècle

 

 

 

 

 

COMPOSITION DE L'ORGUE

 

Principale 8'

Flauto 4' 

Ottava 4'

Decimaquinta 2'

 

 


 

 

 

Mot du Président de la Fabrique d'Eglise,

 

M. Laurent Hombergen

 

 

C 'est déjà en octobre 1995 que la Fabrique d'église est confrontée aux défectuosités de l'instrument électronique dont nous disposions.  D'autre part, nous avons la chance de pouvoir compter sur une chorale fidèle et enthousiaste.

Sous l'impulsion de notre Curé actuel, l'abbé Guy VAN CALSTER, désireux de doter la paroisse d'un instrument valable, les idées ont cheminé, et, en mars 1997, une "Commission Orgue" est mise sur pied.

 

Elle est composée de :

 

Monsieur l'abbé Guy Van Calster,

le curé de la paroisse

et responsable dela pastorale francophone

Monsieur l'abbé Frans Van Uffelen,

responsable de la pastorale néerlandophone

Monsieur Laurent Hombergen,

président de la Fabrique d'église

Monsieur Karel Vankeirsbilck,

animateur de la communauté néerlandophone

Monsieur  Willy Vandecruys,

secrétaire de la fabrique d'église

Madame Mireille Bonus-Dehaene,

qui dirige la chorale liturgique francophone

Monsieur Alfons Van Ransbeeek,

organiste pour la communauté néerlandophone

Monsieur Christian Courtois,

membre de la fabrique d'église

Monsieur Jozef Kennis,

membre de la fabrique d'église.

 

Cette commission s'est réunie très souvent et a fourni un gros travail pour mener à bien le projet.

Tout au long de cette "aventure", elle s'est entourée de conseillers éclairés et notamment d'un spécialiste du "Groupe de travail d'Orgues" mis en place par le diocèse de Malines-Bruxelles.  Nous tenons ici à remercier Monsieur Roland SERVAIS, pour son accompagnement tout au long de nos travaux.

 

Notre réflexion nous a amenés à envisager un instrument de bonne facture et l'orgue de type positif s'est petit à petit imposé.  Nous avons rencontré plusieurs facteurs d'orgues.

Ils nous ont chacun présenté leur projet.

Très rapidement, nous avons été séduits par la personnalité de Monsieur Rudi JACQUES et par sa proposition.  A la première rencontre, il a tenu à connaître le bâtiment dans lequel l'instrument devait être construit et a établi une première ébauche dont les qualités ont emporté notre adhésion.

 

Ce qui nous a aussi frappé, c'est que Monsieur JACQUES, outre ses nombreuses références, est passionné par son métier et est fort conscient de ses possibilités.  Il explique lui-même, par la suite, comment il  a réfléchi sa réalisation.

 

Nous tenons à le remercier chaleureusement.  Dès le premier contact, il nous a montré combien il était à l'écoute des souhaits que nous exprimions.  Combien aussi sa compétence et son expérience lui permettaient de faire un choix judicieux pour le type d'instrument qu'il proposait et de se tenir alors à sa ligne de conduite.  Nous nous souviendrons longtemps de son accueil sympathique lors des visites que nous avons pu faire dans atelier, du savoir et du talent qu'il a spontanément voulu nous partager.

 

Comme le souligne, dans son oraison, le rituel de bénédiction des orgues :

"Grâce à l'orgue, que nos coeurs et nos voix soient davantage unis pour célébrer Dieu" avec notre communauté et celle des générations futures.

 

L. Hombergen

 

 


 

 

Genèse du petit orgue de Ganshoren

 

 

S 'il est un métier hors du temps qui perpétue la science d'autrefois et l'art du beau, la facture d'orgues reste aujourd'hui encore une passion difficile à faire  partager.  C'est pourquoi conter l'histoire d'un orgue, c'est évoquer deux ans de vie, de contacts de liens tissés en amitiés franches et réciproques mais aussi des mois de vie d'atelier, de travail, de collaborations, d'échanges de savoir et de don du meilleur de soi.  Pourtant, cette histoire, j'ai manqué de ne pas la vivre pour Ganshoren...

 

En effet, lorsqu'en avril 1997, j'ai reçu une demande d'offre de la Fabrique d'église, j'avoue avoir glissé cet appel sous d'autres papiers dans un tiroir...  Las de recevoir des demandes impersonnelles, d'instruments "passe-partout" qui, après envois de devis, lettres explicatives et autres missives resteront pour la plupart sans réponse.  Je voulais éviter de me faire taxer une fois de plus d'utopiste : "comment ?? investir plus d'un million pour un orgue, mais vous n'y pensez pas !"

 

Quelle fut alors ma surprise de recevoir trois mois plus tard  un "rappel à l'ordre" me signalant mon oubli !  L'enveloppe portait au recto le sigle de sainte Cécile (patronne des musiciens), au verso l'adresse du Président de la Fabrique "Avenue Jean-Sébastien Bach".

 

Les dés étaient jetés...   Il me fallait encore trouver l'élément excitateur qui servirait de base de discussion.

Notre démarche d'artisan où chaque orgue est oeuvre unique, inimitable, échappant à la répétition, aux antipodes des critères de rentabilité et autres techniques commerciales de vente, a besoin d'un contexte, d'un élément architectural ou autre pour créer.

 

Une visite des lieux s'imposait  et c'est la très belle acoustique de l'église qui guida mon projet.

 

Rudi Jacques

 

 


 

 

En parcourant l'église moderne Sainte-Cécile, modeste et discrète dans sa conception, j'eus l'idée de proposer un orgue de style italien qui par sa chaleur apporterait une touche de "rouge" dans ce lieu en briques peintes en blanc.  Aussi curieux que cela puisse paraître aux yeux de néophytes, cet orgue je l'ai vu, tel qu'il se présente à vous aujourd'hui, dès mes premiers pas dans l'église.  Si l'envie de construire "un petit italien" remonte en moi depuis le début de mon approche du métier en 1982, je reste convaincu que ce type d'instrument est idéal plus que n'importe quel autre pour célébrer le culte catholique.

 

Le plus dur restait à venir : convaincre la "Commission Orgues" de la paroisse de l'opportunité de construire cet instrument qui soit humblement oeuvre d'art, belle à regarder, à jouer et à écouter.

 

Fort de l'expérience Véronaise que j'avais vécu lors de ma formation auprès de mon Maître Formentelli où j'avais côtoyé des dizaines de positifs, je proposais un petit orgue sans compromis qui tienne compte de l'enveloppe financière qu'il convient de retenir pour la réalisation d'un instrument digne de l'édifice, de sa position, capable de servir le culte et de s'intégrer dans un projet culturel pour la région.

 

Une des exigences du projet fut la douceur de l'instrument et d'éviter le caractère criard de certains orgues de coffre.  C'est pourquoi j'invitais mes interlocuteurs à venir écouter le petit orgue attribué aux frères Gheudes à Lisogne (Dinant) dont l'harmonie douce et tranchante fut révélatrice de l'importance du Principal de huit pieds comme base pour l'accompagnement du chant. Cet avant-projet fut signé autour d'un copieux repas bien arrosé dans un restaurant, au bord de la Meuse.

 


 

CONTEXTE HISTORIQUE :

 

Les facteurs d'orgues italiens du nord au sud de la péninsule ont depuis le 14° siècle jusqu'à la fin du 19° siècle, selon le schéma médiéval, construit à foison des petits orgues qui servaient à l'accompagnement  des différents choeurs et instrumentistes et qui étaient disposés en différents endroits d'une même église.  Aussi n'était-il pas rare de trouver deux, trois, quatre orgues par église.  Même les modestes chapelles ou villas de notables possédaient leur orgue qui, grâce à leur conception simple, solide et efficace perdure encore aujourd'hui pratiquement intact.  La transportabilité simple rendait en outre possible des concerts à l'extérieur.

 


 

 

REALISATION

 

 

LA CONCEPTION :

 

Si l'orgue est une formidable machine à remonter le temps pour l'artisan comme pour le musicien, si nous nous reconnaissons dans ces métiers où la main de l'homme, merveilleux et irremplaçable outil, concrétise de manière inimitable ce que l'esprit a conçu, il ne fut pourtant pas question de réaliser pour Ganshoren une copie servile d'un instrument mais de s'intégrer dans la lignée d'une longue tradition qui a fait ses preuves tout en y marquant mon goût personnel et ma sensibilité.

 

Grâce aux multiples exemples d'orgues construits au 18° siècle à Naples par l'école d'Antonio Rossi et respectant le cadre financier, j'ai conçu un orgue de quatre jeux sur base du Principal de 8' dont les 5 premiers tuyaux sont bouchés et rehaussés dans sa pyramide harmonique de l'Ottava 4' et de son octave la Décimaquinta (XVe).  la Flûte de 4' apporte une autre couleur, elle peut aussi être jouée à l'octave inférieure pour un accompagnement plus moelleux.

La hauteur relative de l'instrument, qui sonne un demi ton plus bas que notre diapason moderne (A 415) est conforme aux instruments d'époque et permet une transposition "naturelle" vers le bas des chants liturgiques actuels, écrits généralement trop haut pour nos voix.  De plus, il permet une adéquation parfaite avec les instruments anciens qu'utilisent de nombreux orchestres baroques.

Le tempérament choisi, Tartini-valotti 18° siècle et une couleur qui permet de jouer dans de multiples tonalités tout en valorisant les modulations harmoniques.

Afin d'étendre le répertoire, nous avons élargi les claviers en plaçant le 1° ré dièse , fa dièse et sol dièse ainsi qu'une extension au 5° ré.  Le pédalier italien est une copie d'un modèle du facteur De Lorezi (1850) dont l'étendue a été portée au 3° ré.

 

L'instrument a été placé dans l'église le jour de la Saint Joseph, patron des ébénistes, et terminé par le Gloria de Pâques 1999.

 

LE BUFFET :

 

En Italie, le buffet est généralement un meuble rectangulaire couronné d'un fronton mouluré.  Le dessin de l'instrument est inspiré par l'école napolitaine du 18° siècle.  Le buffet  est réalisé en beau pin sylvestre des Vosges qui pousse à haute altitude et raboté à la main.  Cette essence offre un mélange de somptueuses couleurs jaunes et rouges ainsi que des noeuds nerveux qui l'enjolivent.

La partie supérieure est un cadre assemblé à queues d'arondes.  Le socle est assemblé par tenons et mortaises chevillés à tire.  L'arrière de l'instrument est en sapin également des Vosges et le fond de la partie sonore est tissé d'une belle toile rouge.

En façade sont postés par gravure de la chape les 19 premiers tuyaux du Principal de 8' en étain.

La décoration simple mais raffinée du buffet est composée de moulures et de claires-voies aux motifs de feuilles et fleurs en tilleul, les joues du clavier sont en noyer.  Le buffet, contrairement aux instruments primitifs peints, a été laissé dans sa teinte naturelle et est nourri à l'huile de lin et à la cire d'abeille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE SOMMIER :

 

Le sommier qui supporte et alimente tous les tuyaux est entièrement construit selon les règles en vigueur au 18° siècle.  Il est en chêne massif coupé sur quartier.  Le tout est recouvert de parchemin.  Les soupapes sont en sapin et recouvertes d'une peau d'agneau.  Selon la tradition italienne, il n'y pas de boursette, c'est une double peau d'agneau qui assure l'étanchéité pour le tirage de la soupape par un fil de laiton dans la laye.

Les faux-sommiers en tilleul maintiennent les tuyaux au niveau du corps ce qui oblige des hauteurs de pieds différentes pour tous les tuyaux.  Les ressorts sont en laiton écroui à simple boucle.  Tous les collages sont réalisés à chaud avec de la colle d'os ou de peau.

 

Le sommier est alimenté par un soufflet cunéiforme réalisé à l'ancienne, entièrement en tilleul.  Celui-ci doublé de fort papier a son étanchéité assurée par de la peau d'agneau tannée artisanalement et du parchemin.

Ce soufflet est nourri par un ventilateur, seul compromis à la modernité.  Le porte vent est en sapin doublé de papier et les postages des tuyaux de bois sont en plomb soudés à double coudes.  Le vent à une pression de 48 mm à la colonne d'eau.

 

 

 

LA MECANIQUE :

 

Les notes du clavier sont reliées aux soupapes du sommier par du fil de laiton via un abrégé en fer forgé aux deux bouts qui transmet le mouvement et réduit la distance.

Le clavier de courte dimension est en sapin bien sec plaqué de buis pour les naturelles.  Les feintes sont en noyer et recouvertes d'un placage de buis et d'ébène.

 

 

 

Le fronton des touches est plaqué d'un motif tourné.

Le pédalier est en noyer et les feintes en prunier.

 

Les tirants de registres en fer forgé sont garnis d'un pommeau en laiton et reliés aux pilotes tournants accrochés aux glissières des registres, ce qui offre un encombrement minimum.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA TUYAUTERIE :

 

Les 200 tuyaux que contient l'instrument ont été réalisés à l'atelier suivant les pratiques en vigueur en Italie au 18° siècle.

Le métal est coulé en feuille puis martelé et raboté à main.  Les tuyaux sont ensuite soudés puis retendus sur les mandrins.  La façade en étain a été raclée puis brunie à la main.

La tuyauterie intérieure est en plomb (6%) excepté la suite du Principal qui est en étoffe (25%).  Les biseaux sont en plomb.  Les 25 tuyaux de bois sont en chêne.  Toute la tuyauterie est coupée au ton.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'HARMONIE :

 

Ou magie sonore, chemin d'ouverture à l'imaginaire...

Lorsqu'on étudie les textes anciens traitant de la sonorité des orgues italiens, le caractère vocal est principalement mis en évidence.  L'harmonie de cet orgue est traitée selon ce goût ancien avec force et douceur (Dulcis et Sonoras) franchise et brillant (Spicco) nette et parlante (Pronotia) transparente et argentine d'où le souffle naturel qui émane des tuyaux (Frangente) qui "fait penser à la vague dans la mer qui se brise sur le rocher".

Tout ceci serait resté dans le domaine subjectif s'il n'y avait eu les "carbonades flamandes" préparées avec goût par Madame Hombergen comme préambule à l'harmonie des Principaux.

La Flûte de 4' est large et ouverte, seule la 1° octave est bouchée.

L'acoustique nette et claire de l'église Sainte-Cécile porte le son qui se développe à merveille.  En cours de travail, l'orgue fut équilibré en différents points de l'église afin que l'auditeur soit privilégié.

 

EN CONCLUSION...

 

J'aimerais témoigner que j'ai rarement rencontré une paroisse aussi vivante et dynamique qu'à Sainte-Cécile.  Quelle chance ce fut pour nous de travailler pour des gens motivés où tous rapports humains deviennent plaisir.

Je remercie vivement les membres du Conseil de la Fabrique d'église ainsi que Monsieur Roland Servais, qui m'ont accordé leur confiance et m'ont permis de m'exprimer en toute liberté.  "La liberté est une oeuvre d'art, de la belle ouvrage à remettre chaque jour sur le métier" (Gabriel Ringlet).

Je remercie Monsieur le Curé Van Calster pour nous avoir offert l'hospitalité ainsi que Monsieur et Madame Hombergen et Madame Mireille Bonus (Von Karayan de Ganshoren) pour leurs sympathiques et culinaires invitations.

Je remercie du fond du coeur (et le mot est faible) mes collaborateurs qui s'investissent et m'épaulent dans la réalisation de mes projets.

 

Puisse ce petit orgue, témoin de mon enthousiasme et mes passions, satisfaire et contribuer à notre patrimoine culturel et artistique, devenir ferment de rassemblement, de beauté pour ceux qui voudront bien le regarder, le toucher ou l'écouter...

 

 

INAUGURATION : le samedi 29 mai 1999

 

Concert : Jean-Christophe LECLERE (F)

 

L'Académie Sainte-Cécile de Reims