Rudi Jacques - Facteur d'Orgues
Ancienne Ecole de Maurenne, 29 - 5540 B - Hastière-Lavaux
Tél. & Fax : 00 32 (0) 82 64 44 75
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CONSTRUCTION DE L'ORGUE
DE THIMOUGIES
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Photo : Luc DE VOS
COMPOSITION DE L'ORGUE :
Holpijps (bas. et dis.) 8'
Prestant (dis.) 8'
Octava 4'
Fluijt (bas. et dis.) 4'
Nasat (bas. et dis.) 2' 2/3
Superoctave 2'
Mixtuur IV
Accessoires : Tremblant doux - Rossignol - Cymbelstern
Diapason : a = +/- 415 Hertz.
Étendue du clavier : C-D - d’’’ / 50 touches.
Pédalier accroché : C-D - d’ / 26 touches.
Soufflerie : deux soufflets cunéiformes actionnés en permanence par un système électromécanique.
La construction d’un orgue est toujours un moment qui fixe, comme la pellicule le fait pour l’image, des instants de vies partagées et des rencontres de personnages volontaires hauts en couleur.
Si l’histoire écrite des orgues anciennes ne retient souvent qu’un contrat notarié passé entre les commanditaires et le facteur, il serait intéressant de connaître ce qui a précédé … Pourquoi tel artisan fut choisi, quelles furent les motivations qui les poussèrent à s’investir mutuellement – parfois contre vents et marées - pour enfin savourer les premiers sons dans l’église ?
A THIMOUGIES, l’histoire de l’orgue est née au seuil du nouveau millénaire. A l’époque, Arnaud VAN DE CAUTER, propriétaire de l’orgue que je lui ai construit il y a un peu moins de dix ans, décide de rapprocher son lieu de vie de son lieu de travail. Enseignant l’orgue à l’Académie Saint-Grégoire à TOURNAI, il trouve une jolie petite fermette dans les environs mais son orgue reste à l’église Notre-Dame de la Chapelle à BRUXELLES. Comme l’hiver approche, l’idée de devoir accumuler des kilomètres dans des conditions difficiles le pousse à chercher un lieu qui pourrait accueillir son orgue durant ces mois où se mêlent les brumes et la neige.
Après plusieurs visites d’églises, il se rend à THIMOUGIES pour assister à l’office dominical, et surprise : à la fin de la messe, le curé annonce à l’assemblée que l’organiste a décidé de mettre fin à ses prestations, emportant avec lui son petit synthétiseur … L’appel est lancé, il faut trouver au plus vite un organiste et … un orgue. Dans la sacristie, Arnaud VAN DE CAUTER s’avance et lance un superbe : « Monsieur le Curé, je suis votre homme ! »
Quelques semaines plus tard, l’orgue d’Arnaud arrive, faisant ainsi découvrir aux paroissiens des sons nouveaux, des célébrations rehaussées de couleurs harmonieuses.
Plusieurs manifestations culturelles furent alors organisées : concerts, stages, visites … puis l’instrument rejoignit BRUXELLES où l’attendait le festival de l’Orgue d’Août , laissant les paroissiens de nouveau muets et l’organiste obligé de réanimer les pompes de l’antique harmonium …
L’année suivante connut le retour de l’orgue puis son nouveau départ vers la capitale.
Cette fois, la déchirure était plus profonde : « L’enthousiasme devant ce magnifique instrument et le chagrin de le voir repartir ont suscité une volonté d’acquérir, cette fois-ci définitivement, un orgue à la hauteur de la qualité de vie qu’il se doit d’engendrer ».
L’association « <Orgue
de
THIMOUGIES-
asbl »
est
née
afin
de
faire
aboutir
le
projet.
La principale mécène et cheville ouvrière de cet élan fut Michèle RENARD ; qui avait compris ce qu’un tel instrument pouvait apporter à la vie de son village. Un désir profond l’animait aussi de doter « son » église, où reposent ses aïeuls, d’une création authentique qui ouvrirait diverses perspectives.
Après
avoir
étudié
les
possibilités
financières,
m’être
imprégné
du
lieu
et
de
ses
habitants,
je
fixais
dans
un
projet
les
structures
d’un
petit
orgue
de
6
jeux
et
demi,
dans
le
style
des
instruments
du
Nord.
Michèle
RENARD,
bien
consciente
de
l’avenir
incertain
des
petites
paroisses
telle
que
la
sienne,
voulut
ouvrir
son
dessein
à
une
cause
beaucoup
plus
large.
L’Académie
Saint-Grégoire
étant
toute
proche,
les
élèves
pourraient
venir
travailler,
des
concerts
pourraient
être
organisés,
mais
si
l’instrument
pouvait
en
outre
« voyager »,
cela
ferait
connaître
l’orgue
et
le
village
bien
au-delà
des
frontières
…
Nous avons donc conçu un nouvel orgue « nomade » qui se démonte facilement grâce à un palan et se véhicule dans les 18m³ d’un petit camion de location sans permis spécial (ce qui allège considérablement le coût des voyages).

L'orgue démonté, protégé dans ses caisses à roulettes se cache dans le fond de ce petit camion ...
La signature du contrat eut lieu à MAURENNE en avril 2002, où les plaisirs gustatifs laissèrent bien augurer des réjouissances futures.
Après la construction du buffet, du sommier et des tuyaux, il fallut arrêter les travaux en attendant la générosité de nouveaux donateurs.
Nous avons repris en février 2004 pour terminer en septembre 2005 en l’église de CORENNE à quelques kilomètres de l’atelier, l’église de THIMOUGIES étant alors en travaux.
Nous avons déposé l’orgue dans son lieu de vie le 14 novembre après un détour par l’Abbaye du Parc à LEUVEN où Arnaud VAN DE CAUTER donnait un concert avec le Chœur « Psallentes ».
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Le magnifique intérieur de l'Abbaye du Parc de Leuven |
DESCRIPTION
DE
L’ORGUE
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Photo : Luc DE VOS
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Le style général de l’orgue est influencé par différents instruments construits à la fin du 17ème siècle et début 18ème siècle dans les contrées du « Nord ». On
y
retrouvera
donc
des
influences
franco-flamandes,
hollandaises,
allemandes…
Le
tout
dans
une
vision
personnelle
au
goût
du
réalisateur. L’orgue
de
4
pieds
en
Montre
comporte
6
jeux
et
demi.
Le
plus
grand
tuyau
de
la
tourelle
pentagonale
est
le
premier
Fa
de
l’Octave
4.
Les
deux-plates
faces
latérales
contiennent
la
suite
et
les
premiers
tuyaux
du
Principal
8
dessus. L’orgue
sonne
un
demi-ton
plus
bas
que
notre
diapason
moderne
soit
au
La
415. Le tempérament choisi est celui de MARPURG (4 tierces justes Fa – Do – Sol – Ré).
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Le buffet d’une hauteur totale de 3 mètres est construit en 3 parties superposées.
La face et les côtés sont en chêne massif du pays et le fond est en sapin.
Les portes montées sur cadres ont des panneaux très fins.
La décoration est composée de moulures et de sculptures dans le style de la fin du 17ème siècle.
Les claires-voies en chêne reprennent différents éléments rappelant le terroir de l’orgue :
de la coquille Saint-Jacques coule la fontaine miraculeuse de Saint-Hilaire (patron du Lieu) ; on retrouve aussi le moulin de THIMOUGIES, un renard (bien évidemment), deux têtes de chiens, du blé et du houblon (pour la bière locale « La Thimougienne »).


Photos : Luc DE VOS
Les
deux
volets
épousant
le
relief
de
la
façade
protège
la
tuyauterie.

L’ensemble se démonte très facilement grâce au petit palan spécifique. Il suffit de décrocher la mécanique de Pédale, de soulever les deux parties et de les déposer dans les caisses à roulettes appropriées.

Une bonne heure de travail à deux personnes suffit à transporter l’orgue dans son petit camion.

Le sommier, entièrement en chêne, supporte et alimente les tuyaux. Il est construit selon les règles en vigueur au 18° siècle. La peau d’agneau assure l’étanchéité de la laye pour les soupapes et les boursettes. Le parchemin de chèvre ferme la grille.
Le clavier est orné de joues en noyer finement sculptées aux motifs de feuilles.

Photo : Luc DE VOS
Les touches en chêne sont plaquées d’olivier tandis que les feintes sont en acajou massif.
Le fronton des touches est sculpté dans la masse.
La
planche
d’adresse
au
dessus
du
clavier
est
en
marqueterie
de
buis,
de
noyer
et
d’ébène.
Le clavier est axé en queue et la mécanique suspendue.
Les vergettes sont en sapin.
Le pédalier est en chêne massif avec les feintes à bec.
Le banc en chêne a ses traverses découpées et les montants tournés.

Photo : Luc DE VOS
Les pommeaux tournés sont en noyer.
Les tirants de registre sont reliés aux pilotes tournants en fer forgé, eux-mêmes reliés aux balanciers en fer.
Le sommier est alimenté par deux petits soufflets cunéiformes réalisés à l’ancienne entièrement en chêne. Ceux-ci, doublés de fort papier, sont assemblés par du parchemin et de la peau d’agneau tannée à l’ancienne.
Ces soufflets sont actionnés en permanence par un système électromécanique produisant un vent « naturel ».
Le porte-vent est en chêne doublé de papier et les postages de la façade et des tuyaux de bois sont en plomb, soudés à double coude et collés au chanvre.
Le vent accuse une pression de 62 mm à la colonne d’eau.

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Les 476 tuyaux que contient l’instrument ont été réalisés à l’atelier suivant les pratiques en vigueur au 17ème siècle : le métal est coulé en feuille puis martelé et raboté à la main. Les tuyaux sont ensuite soudés puis retendus sur les mandrins. La façade en étain a été raclée puis brunie à la main. La tuyauterie intérieure est en étain (75 %) pour tous les Principaux et en plomb (6%) pour les Flûtes. Les biseaux sont en plomb. Les quatre premiers tuyaux de l’Holpijp 8 et de l’Octave 4 sont en chêne. Toute la tuyauterie est coupée au ton. Les calottes des jeux bouchés sont soudées. La Flûte de 4’, le Nasat 3’ et le dessus de l’Holpijp 8’ sont à cheminées larges et longues.
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Mécanique des registres et le Rossignol des Faubourgs de Tournai
Les tuyaux ont une taille large et une bouche au 2/7 (donc fort large également) ; les hauteurs des bouches sont donc relativement basses, ce qui donne moelleux et franchise à la fois.
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J’aimerais remercier ceux qui se sont investis dans cet instrument : Michèle RENARD pour son ardeur, sa ténacité et sa générosité de cœur. Jean-Louis et Marie-Thérèse ainsi que les membres de l’association.
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Michelle Renard et son orgue ... |
Je remercie aussi toute mon équipe sans qui rien de tel ne serait possible.
Que cet instrument vive et chante ici à THIMOUGIES et dans d’autres lieux où les vents le porteront.
Rudi JACQUES